« Merci » fait partie de ces petits mots-outils sans lesquels nous serions bien démunis au quotidien. Comme il est tout simple et pratique, on a tendance à oublier la richesse de son contenu. Pourtant elle est grande et mérite d’être rappelée !
La première richesse est affective, touchant la grande question de l’altérité. On dit toujours merci « à » quelqu’un.
Cet acte de langage est si fondamental qu’il est appris aux enfants avant même qu’ils sachent parler – on peut dire merci avec un geste, avec un sourire. L’on touche là au processus d’éducation et même de civilisation qui nous distingue de l’état sauvage. Quand « merci » n’est plus dit – dans un magasin, un transport en commun, l’entreprise, la famille… -, le vivre-ensemble est entamé.
Le deuxième pilier du mot concerne le lien symbolique entre le remerciement et la pensée.
En anglais, to think et to thank sont des mots-cousins, tout comme Denken (penser) et Danken (dire merci) en allemand.
Bien que nous ne possédions pas cette équivalence en français, la philosophe Hannah Arendt nous l’a appris : Penser et remercier ne sont qu’un seul et même mouvement de l’esprit, celui par lequel l’homme se tourne vers le monde et reconnaît qu’il lui est donné.
Notre actualité nous renseigne sur autre chose : la valeur des rituels de gratitude. Ils ont été nombreux ces dernières années, depuis les applaudissements aux soignants durant la crise Covid jusqu’aux JO 2024, où les publics exprimaient aux sportifs leur reconnaissance pour les avoir fait vibrer. Avec d’ailleurs le match-retour : soutenus dans leur effort jusqu’à l’exploit, les athlètes n’ont pas manqué de remercier à leur tour les supporteurs. Le goût du « Merci » est contagieux.
Tout cela permet de poser la bonne question : et si la société française, souvent divisée, parfois brutale, redécouvrait le sens de la gratitude ?